Agriculture Sherbrooke a pris part récemment à une visite sur des terres, organisée par l’Association forestière du Sud du Québec, pour mieux comprendre les problématiques entourant le nerprun bourdaine, un arbuste néfaste et menaçant pour la survie des autres essences, qui envahit les espaces verts et les terrains de partout en Estrie, même en pleine ville de Sherbrooke.

Au Québec, on compte deux sortes de nerprun, soit le cathartique (plus présent dans la région de Montréal) et le nerprun bourdaine. C’est ce dernier qui pose problème en Estrie. Importé en Amérique du Nord au début des années 1900 pour ses propriétés médicinales (ses fruits ont un effet laxatif), le nerprun bourdaine s’est étendu à un point tel que l’Estrie est maintenant aux prises avec un envahissement de cet arbuste (qui peut facilement atteindre la taille d’un arbre).

C’est qu’il s’agit d’une essence qui pousse très vite et qui peut se reproduire pendant au moins trois ans. « Le nerprun a une croissance rapide et comme il fait des fleurs et des fruits tout l’été, il produit une grande quantité de semences », explique Marie-Josée Martel, ingénieure forestière à l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie. « Ces semences tombent au sol et sont viables pendant au moins trois ans. Même que, selon certains chercheurs, ils seraient viables pendant au moins six ans dans le sol. Le nerprun est donc en mesure de créer une très grande banque de semences au sol et cette banque est alimentée chaque année. C’est donc sans fin. »

Cet arbuste se développe sur différents types de sol et dans différents types de milieux naturels. Il est plus agressif en milieu humide et il est semi-tolérant à l’ombre. Le nerprun bourdaine peut donc s’installer sous couvert forestier et germer. Il peut aussi modifier le taux d’azote dans le sol, lui permettant de créer de meilleures conditions pour sa propre croissance, mais nuisant à celle des autres espèces.

« De plus, il n’y a pas de prédateur qui attaque le nerprun bourdaine, explique Marie-Josée Martel. Celui-ci compétitionne avec les autres arbres, ce qui fait qu’il n’y a pas de régénération forestière. »

Le reconnaitre pour l’éliminer

Le nerprun bourdaine aime particulièrement les anciens sites agricoles, mais on le retrouve maintenant partout en Estrie, autant dans les forêts que sur des terrains privés en pleine ville. Il est donc important que les propriétaires de terrain puissent être en mesure de l’identifier pour l’enlever immédiatement. Les petits arbustes sont faciles à arracher à la main ou avec un outil. Les plus gros peuvent nécessiter de l’outillage mécanique. D’autres pistes de solutions sont aussi étudiées par des professionnels du milieu.

Et comment reconnaitre le nerprun bourdaine? D’abord, par ses feuilles ondulées, sans aucune dentelure. Le dessus est vert luisant, alors que le dessous est plutôt mat. Le nerprun bourdaine garde aussi ses feuilles plus longtemps que les autres essences. Quant à l’écorce, elle est légèrement rosée (présence d’une ligne blanche) et l’intérieur est de couleur jaune fluo. Sa plus grande caractéristique se situe au niveau de ses fleurs et de ses fruits, présents simultanément pendant la saison chaude. Les fruits sont verts, rouges et noirs (seulement noirs à l’automne).

Non, ce fruit n’est pas dangereux pour la santé des humains. Cependant, on retrouve dans le fruit une molécule qui a un effet laxatif. Cette caractéristique rebute même les chevreuils, qui mangeront les fruits du nerprun seulement en dernier recours.

Envie d’en savoir plus sur le nerprun bourdaine ou sur la forêt en général? Rendez-vous sur le site Web de l’Association forestière du Sud du Québec ou sur le site de l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie.

 

Photos prises lors d’une visite terrain, organisée par l’Association forestière du Sud du Québec, sur le Chemin Macdonald, à Cookshire-Eaton. Sur la photo principale, Marie-Josée Martel, ingénieure forestière à l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie. Sur la deuxième photo, Mélanie Bergeron, agente de développement à l’Association forestière du sud du Québec.